Anagnoste : un lecteur parmi tant d'autres

Quelques notes sur mes lectures. Des témoignages sur les manifestations consacrées aux polars et romans noirs.

07 janvier 2007

American Tabloïd James Ellroy

Pour débuter l'année voici un message consacré à l'ouvrage de cet auteur américain reconnu mondialement et que  j'ai découvert à cette occasion.

JAMES ELLROY  AMERICAN TABLOÏD.

J’ai eu déjà l’occasion d’écrire combien j’ai apprécié French Tabloïds de J H Oppel. J’ignorai alors l’existence d’ AMERICAN TABLOÏD qui lui a servi de modèle. Le nom de J Ellroy ne m’était pas tout à fait inconnu, recommandé par un ancien membre du jury du « Prix Marseillais du Polar » il figurait sur la longue liste des auteurs que je souhaite découvrir. Cela est fait et je n’ai pas été déçu.

« L’Amérique n’a jamais été innocente. C’est au prix de notre pucelage que nous avons payé notre passage, sans un putain de regret sur ce que nous laissions derrière nous. »

Drôle d’entrée en matière.

Quelques lignes plus bas Ellroy poursuit, « Les hagiographes  sanctifient les politiciens fourbent et trompeurs, ils réinventent leur geste opportuniste en autant de moments d’une grande portée morale. Notre ligne narrative ininterrompue se dissout dans le flou, laissant de côté toute vérité, toute sagesse rétrospective. Seule une vraisemblance impitoyable, sans souci des conséquences, peut redonner la vision nette de cette ligne dans toute sa rectitude. » Cette mise en garde de l’auteur pour des raisons évidentes à la lecture du « roman ? » ajoute au sentiment de malaise, d’impuissance, de dégoût, que l’on éprouve par rapport à ce qui nous est révélé. Le prénom de Jack est moins connu que celui de John lorsque l’on évoque Kennedy et pourtant il s’agit de celui qui fut président. Y – eût –il un John Jekyll K et Jack Hyde K ? Non si l’on en croît ce qui suit.

 « Jack Kennedy a été l’homme de paille mythologique d’une tranche de notre histoire…Il avait du bagou, il dégoisait des conneries et arborait une coupe de cheveux classe internationale. C’était le Bill Clinton de son époque... Jack s’est fait dessouder au moment propice pour lui assurer sa sainteté...L’heure est venue de déloger son urne funéraire de son piédestal et de jeter la lumière sur quelques hommes qui ont accompagné son ascension et facilité sa chute. Une seule seconde de leurs existences eût-elle dévié de son cours, l’Histoire de l’Amérique n’existerait pas telle que nous la connaissons aujourd’hui. »  

Et j’ajouterai probablement le monde. La réaction troublée et le sourire crispé de mon oncle lorsque, pas plus tôt arrivé chez mes parents plutôt fier je lui annonçai la nouvelle me firent prendre conscience de la gravité de l’événement. Je n’imaginai pas ce vendredi soir de novembre à l’occasion de l’anniversaire de mes dix ans anniversaire que le « lâche » attentat dont venait d’être victime le jeune président vénéré des foules prenait ses racines dans une histoire qui se dévoile peu à peu et dont les racines profondes semblent avoir aujourd’hui encore des répercussions.

 

Je regrette mon ignorance de l’anglais et surtout de l’américain pour apprécier le style de l’auteur et exprimer d’une façon objective ce que m’inspirent les nombreux dialogues le plus souvent familiers argotiques, cyniques et grossiers. Le non spécialiste de la civilisation nord américaine que je suis a eu de la difficulté à comprendre certaines allusions et parfois a du renoncer à saisir toute l’intention de l’auteur. Est-ce une question de traduction, j’imagine qu’elle est fidèle ? Le traducteur a un rôle délicat, compliqué et non exempt de risques. Dans « L’art du roman » Milan Kundera exprime quel fut son désarroi, lorsque, en mesure de lire les traductions de certaines de ses œuvres en français ou en anglais, il n’y retrouvait plus rien de ce qu’il avait écrit. On peut penser que l’anglais fut-il l’américain est suffisamment maîtrisé pour que cette question ne se posât point.

Le talent de J Ellroy consiste à faire émerger en permanence un sentiment de dégoût et d’écoeurement tout en démontant un système au service d’un petit nombre et construit sur le modèle des poupées russes. Le malaise va croissant lorsque il décrit les alliances qui se font et défont au grès d’intérêts de mégalomanes laissant de côté les rares individus motivés par un idéal (juste ou non) au profit d’une collectivité. Le racisme, la misogynie, la volonté de pouvoir absolu, l’absence de tout sens moral, le rôle prépondérant de l’argent, sale le plus souvent, la corruption, la violence, les calculs, les coups tordus, les manipulations, la pose de système d’écoute sophistiqués, le chantage les extorsions de fonds, sans oublier la drogue et les pratiques sexuelles des uns et des autres tout y est. On y découvre des personnalités, le célèbre milliardaire Howard Hugues avide de pouvoir, l’intouchable et machiavélique patron du FBI J Edgar Hoover, la famille Kennedy les frères Jack et Robert, Joe leur père, ancien concurrent en affaire de H Hugues, manipulateur aux pratiques et fréquentations peu recommandables, Jimmy Hoffa le très puissant syndicaliste.

Extorsions novembre - décembre 1958 constitue la première partie de l’ouvrage. Les origines du conflit Kennedy, Mafia, J.E Hoover.

Avec le refus du propriétaire de la TWA H Hugues de répondre à des citations à comparaître dans le cadre de la loi antitrust J Ellroy plante le décor et nous fait entrer de plein pieds dans le monde des truands. J Hoffa est soupçonné de détournement de fonds dans la caisse du syndicat et de lien avec la mafia, il doit faire face aux investigations du comité Mc Clellan et de Robert Kennedy. Pete Bondurant l’homme à tout faire apparaît le premier ainsi que les principaux protagonistes policiers, membres de la CIA avocat juristes d’exception.

Collusions janvier 1959 - janvier 1961.

Miami siège de l’agitation cubaine. La Mafia souhaite conserver sur possessions sur l’île et les juteux profits qu’elle en retire. Les pro-Batista et pro-Castro cohabitent à Miami. Un camp d’entraînement illégal est mis en place pour entraîner des réfugiés anti Castro. Joe « organise » l’élection de Jack Bobby devrait mettre en sourdine son combat conte J Hoffa et la Mafia. Ils définissent aussi la position à adopter vis à vous de Hoover et de Cuba puisque son concurrent s’est déjà positionné contre les castristes. Joe fait enfin gagner Jack (tous les moyens ont été bons)

Cochons février- novembre 1961

Bob ne lâche pas le morceau contre la Mafia et le crime organisé et pense arriver à inverser les priorités de JE Hoover. Les préparatifs d’une opération contre Cuba se précisent. Les recrues bénéficient de l’expérience d’un ancien capitaine français nostalgique de l’Algérie fait partie de l’encadrement. Jack Kennedy sera conduit plus ou moins malgré lui à mener l’expédition de la baie des cochons, son frère Bob obnubilé par sa lutte anticorruption ne prend pas la mesure du dossier cubain et son état d’avancement. La CIA ronge son frein la drogue finance une partie des préparatifs.17 avril 1961 l’opération démarre, le raid aérien n’a pas atteint son objectif. J Kennedy accueille mal cette nouvelle et ne donne pas son accord pour un second raid qui serait nécessaire selon les responsables.  

Héroïne décembre 1961 – septembre 1963.

La conjuration continue l’argent de la drogue finance les projets des exilés cubains. Les coups tordus succèdent aux coups tordus, Les anti-Kennedy ont réussi à mettre la main sur une preuve catastrophique pour l’image de la famille. Ils comptent ainsi neutraliser l’action de Bob. La mafia qui a contribué à l’élection de Jack Kennedy s’impatiente, elle attend un renvoi d’ascenseur qui n’arrivera pas. Les anti-castristes convaincus se sentent eux aussi floués. La haine de Kennedy va croissant.

 

Contrat septembre – novembre 1963

Trop de mécontents, les enjeux sont trop important il faut éliminer le président.  La préparation du (des) complot(s) relève comme tout le livre d’un machiavélisme hors du commun..

Le roman se termine le 22 Novembre 1963 alors que le convoi présidentiel parcours les rues de Dallas.

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