Anagnoste : un lecteur parmi tant d'autres

Quelques notes sur mes lectures. Des témoignages sur les manifestations consacrées aux polars et romans noirs.

10 octobre 2006

Discours de réception du diable à l'académie française : Henri-Frédéric Blanc

Un véritable bijou. Plutôt que de paraphraser ou d'essayer maladroitement de décrire l'immense plaisir que m'a procuré la lecture de cet ouvrage, je citerai quelques passages dans l'espoir de susciter chez l'internaute qui se promène sur ce blog l'envie d'en savoir plus et de découvrir un grand écrivain. Ce faisant, j'espère ne pas aller à l'encontre de la législation sur les droits d'auteur. Si tel était le cas je retirerai ce message.
Réussir à capter, dès le début du récit, l'attention du lecteur, est un exercice de haute voltige et souvent le signe de la qualité d'un manuscrit. La première phrase entamée, il m'a été impossible de m'arrêter. J'ai dévoré ce discours de la première à la dernière ligne d'une seule traite, savourant les pointes d'humour ainsi que la richesse de la langue et du style.

L'ouvrage commence ainsi

"Onctueuses et toujours désirables mesdames mes consoeurs, séduisants et bien membrés messieurs mes confrères, chers académiciens, excellentissimes esprits, joyaux de la Patrie, étoiles de la Pensée, perles de la française littérature, recevez mon plus chaud bonjour.
En vertu de la haute tradition que vous perpétuez avec sagesse, je m'en vais louer à grande bouche celui qui me précéda sur le fauteuil ayant ce jourd'hui le privilège d'accueillir mon cul. Après cette respectueuse corvée, je vous narrerai une belle histoire : la mienne."

Quelques extraits

"Écouter une histoire c'est faire la mort buissonnière."
"Un menteur n'exagère jamais. La tromperie est toujours raisonnable et crédible, l'hypocrisie circonspecte et pondérée."
"J'ouvre une petite parenthèse (...) pour informer cette illustre assemblée qu'il manque deux ou trois temps au français, notamment un temps pour exprimer le souvenir imaginaire"
"Une langue est riche et universelle non par ce qu'elle s'interdit mais parce qu'elle s'autorise, me semble-t-il, c'est pourquoi je suis partisan d'ouvrir les dictionnaires aux vaches espagnoles. Noyer le parlage de nos enfants dans les règles de grand-mère..."
"En tout cas, je ne suis jamais tombé dans l'érudition, ce vice qui consiste à creuser quelque chose afin de ne plus voir le reste... Beaucoup cherchent de petites vérités pour que la grande vérité ne les trouve pas."
"La pluralité des disciplines scientifiques ne me dessert pas, au contraire: chacune détourne l'esprit de l'essentiel, empêtre l'intelligence dans les détails....
Mais la littérature, elle, n'est pas une discipline. Elle est incontrôlable, elle franchit allègrement les garde-foules et les lignes rouges, elle saute les barrières et les palissades sans se soucier des chiens de garde et des professeurs, elle accueille tout ce qui est humain sans exiger des papiers d'identité, elle ne met pas la poésie au piquet, elle sintéresse à la beauté,.....La liitérature est la vérité vive, voilà pourquoi c'est la bête noire!
"Très important aussi : l'art de détourner l'attention. Si votre phrase n'a rien dans le ventre, mettez la à l'envers.
"
"Mais contrairement à ce que pétendent les ânes, l'homme n'est pas un mauvais cheval"

et pour finir

"Soyez indulgents et plutôt que de me haïr , haïssez vous les uns les autres. La messe est dite, champagne!"

A déguster sans modération

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